Les obstacles pour les femmes en poli­tique muni­ci­pale

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Par Camille Duce­lier, cheffe du pupitre actua­li­tés 

Les obstacles pour les femmes en poli­tique muni­ci­pale

À l’heure actuelle, sur les 24 postes au conseil muni­cpal de la ville d’Ot­tawa, seule­ment 4 sont occu­pés par des femmes. Diverses campagnes et groupes tentent de chan­ger la donne pour les prochaines élec­tions de la ville, qui se dérou­le­ront le 22 octobre. L’Uni­ver­sité d’Ot­tawa a accueilli 4 candi­dates au conseil muni­ci­pal pour une confé­rence ayant pour thème les obstacles rencon­trés par les femmes en poli­tique.

Animé par la jour­na­liste de CBC Joanne Chia­nello, le panel orga­nisé par le regrou­pe­ment étudiant I vote – Je vote a invité quelques leaders de la commu­nauté fémi­nine otta­vienne. D’abord, Emilie Coyle se présente dans le district 8, soit le district Collège. Celle-ci a long­temps travaillé en droit et s’im­plique dans plusieurs mouve­ments, dont un programme de parrai­nage avec des réfu­giés, par exemple. Ensuite, Raylene Lang-Dion, origi­naire de Terre-Neuve, se présente dans le district d’Alta Vista.

La crise du loge­ment à Heron­gate est d’ailleurs un enjeu majeur dans sa plate­forme élec­to­rale. La troi­sième pané­liste, Jenna Sudds, est candi­date dans le district de Kanata Nord. Issue du milieu tech­no­lo­gique, Sudds a été nommé citoyenne de l’an­née pour Kanata Nord en 2012. Fina­le­ment, Chris­tine McAl­lis­ter se présente pour le conseil muni­ci­pal dans le district 17, soit le district de la Capi­tale. Cette dernière a long­temps travaillé dans la fonc­tion publique et se dit main­te­nant prête à se lancer en poli­tique muni­ci­pale.

Le saut vers la poli­tique

Ces quatre femmes ont été invi­tées pour témoi­gner des diffi­cul­tés que les femmes rencontrent de manière quoti­dienne lorsqu’elles décident de se lancer en poli­tique. Les candi­dates ont beau­coup insisté sur la diffi­culté de faire le saut entre une vie ordi­naire, c’est-à-dire un emploi tradi­tion­nel et une vie de famille, à une campagne élec­to­rale, qui dépasse large­ment les horaires de la semaine de travail de 37,5h. Pour certaines, c’est simple­ment se lancer et prendre la déci­sion de mettre sa vie sur pause qui a été très diffi­cile.

D’ailleurs, pour chacune des candi­dates présentes mardi soir, la ques­tion de la famille est souvent abor­dée lors du porte-à-porte dans la commu­nauté. Elles expliquent que souvent, des citoyens ou d’autres candi­dats se ques­tionnent sur leur diffi­culté à mettre de côté leurs enfants et conjoints pour mener une campagne élec­to­rale. Bien qu’il soit compliqué de donner moins de temps à sa famille, admet Emilie Coyle, il est rare que ce type de ques­tion soit posée aux hommes candi­dats.

De plus, toutes les candi­dates poussent les jeunes femmes et les filles à prendre des risques et à se lancer malgré les obstacles, puisqu’elles consi­dèrent que les femmes ont souvent plus de diffi­culté à prendre des risques que des hommes.

Manque de finan­ce­ment

Ensuite, l’obs­tacle majeur pour se lancer en poli­tique, soutiennent Coyle et Sudds, est le manque de finan­ce­ment. « J’ai arrêté de travailler à temps plein la semaine dernière », explique la première. Sudds travaille encore à temps plein, en plus d’être en campagne élec­to­rale « plus qu’à temps plein ». Le manque de finan­ce­ment est un véri­table obstacle pour les femmes de milieux moins aisés qui tentent de faire une diffé­rence dans leur commu­nauté.

Raylene Lang-Dion se consi­dère chan­ceuse, étant finan­ciè­re­ment en mesure de prendre un arrêt de travail et de se concen­trer sur sa campagne. C’est pour cette raison, souligne Chris­tine McAl­lis­ter, qu’il faut plus de béné­voles et de jeunes qui s’im­pliquent dans les élec­tions muni­ci­pales. Cette dernière défend que « c’est une expé­rience incroyable, tant au niveau poli­tique que commu­nau­taire ».

Sexisme : encore un enjeu

D’autre part, le sexisme est toujours présent dans les campagnes élec­to­rales. En effet, Sudds quali­fie les médias sociaux comme un obstacle impor­tant dans la carrière des poli­ti­ciennes. En se basant sur son style vesti­men­taire, celle-ci s’est fait accu­ser d’uti­li­ser son sex appeal pour rempor­ter des votes, ce qu’elle quali­fie d’aber­rant et de tota­le­ment faux. Emilie Coyle raconte d’ailleurs qu’à plusieurs reprises, des hommes lui ont demandé si elle avait reçu l’ac­cord de son mari pour faire de la poli­tique. Ainsi, les quatre pané­listes s’en­tendent pour dire qu’il y a toujours un travail phéno­mé­nal à faire pour l’in­té­gra­tion des femmes dans la vie publique.

Des solu­tions concrètes

D’un point de vue plus prag­ma­tique, les confé­ren­cières se sont fait poser la ques­tion suivante : « Comment allez-vous concrè­te­ment aider les femmes à s’in­té­grer en poli­tique ? » Les quatres femmes sont d’ac­cord : il faut la créa­tion d’un Bureau de la promo­tion de la femme pour que la ville prenne en compte diffé­rents points de vue, pour être ainsi en mesure d’ac­com­mo­der l’en­tiè­reté de la popu­la­tion d’Ot­tawa.

De plus, Lang-Dion propose la créa­tion d’es­paces où les femmes sont à l’aise de parti­ci­per, que ce soit au conseil muni­ci­pal ou ailleurs dans la commu­nauté. Pour Emilie Coyle, il faut créer des programmes qui permettent aux jeunes filles de parti­ci­per à la vie poli­tique. Par exemple, pouvoir suivre un conseiller muni­ci­pal dans son travail pour en apprendre davan­tage sur la vie poli­tique et ainsi possi­ble­ment les inci­ter à se lancer en poli­tique.

Les femmes qui se lancent en poli­tique rencontrent plusieurs obstacles qui nuisent à leur carrière. Entre autres, le manque de finan­ce­ment force des candi­dates à travailler à temps plein tout en menant une campagne élec­to­rale. Fina­le­ment, les solu­tions plus concrètes comme des programmes qui incitent les jeunes filles à s’im­pliquer vont peut-être chan­ger les statis­tiques alar­mantes du quota homme-femme au conseil muni­ci­pal d’Ot­tawa.